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(Article) Evolution du foncier dans le canton de Beaujeu aux XIXème et XXème siècles
Au cours du XIXème siècle, les paysages et le foncier du canton de Beaujeu se modifient radicalement. L'agriculture évolue et définit ces mutations.

Au cours du XIXème siècle, le monde rural français est secoué par de multiples crises et subit des évolutions majeures. La viticulture, en particulier, est une branche de l’agriculture qui connaît des mutations majeures. Sous les effets conjugués de l’augmentation de la production viticole, de l’apparition d’un marché national des vins, d’une démocratisation de la propriété foncière et de multiples calamités agricoles, la viticulture française se transforme profondément au XIXème siècle et détermine certains bouleversements dans l’occupation du foncier agricole.

Un territoire divers

Dans le canton de Beaujeu, territoire de 18 communes très orientées vers la viticulture, ces changements sont visibles à différentes échelles. Etant donné la diversité des terroirs, le canton de Beaujeu demeure déjà, au XIXème siècle, un territoire où se côtoient communes « montagnardes » et « viticoles ». Les premières au nombre de sept, ayant une altitude moyenne supérieure à 550 mètres se nomment : Avenas, Beaujeu, Les Ardillats, Marchampt, Saint-Didier-sur-Beaujeu, Vauxrenard et Vernay. Quant aux autres dont l’altitude moyenne oscille entre 365 et 548 mètres sont : Chénas, Chiroubles, Durette, Emeringes, Fleurie, Juliénas, Jullié, Lantignié, Quincié, Régnié et Villié-Morgon.

Mettre en valeur les terres

Les cadastres du début du XIXème siècle et du début du XXème siècle nous apprennent que l’agriculture beaujolaise a radicalement changé en une centaine d’années. Dans les communes « montagnardes » et « viticoles » les surfaces de terres labourables et de friches ont considérablement diminué, notamment dans les communes « viticoles » où ces réductions atteignent parfois près de 70 %. On constate également que la place occupée par les prés et les pâtures est plus importante au début du XXème siècle dans l’ensemble du canton, sauf à Avenas où elle diminue dans des proportions minimes. Les bois prennent également une part plus grande dans le paysage au début du XXème siècle, sauf dans quelques communes « viticoles » comme Durette, Fleurie, Juliénas, Régnié et Villié-Morgon où ils n’occupaient déjà pas une place importante.

La spécialisation viticole

Le fait le plus marquant de cette évolution dans l’occupation des sols dans le canton de Beaujeu demeure incontestablement l’augmentation des surfaces plantées en vignes. Entre les années 1820 et 1914, le cep de vigne s’implante de partout, ou presque. Dans les communes « montagnardes », les pourcentages d’augmentation sont spectaculaires mais sur des surfaces relativement réduites, exception faite de Marchampt où la vigne passe de plus de 126 hectares en 1826 à plus de 277 hectares en 1914. Dans les communes « viticoles » les évolutions sont également significatives. La vigne occupe des surfaces toujours plus grandes puisque, entre les années 1820 et 1914, le cadastre nous révèle des taux d’augmentation qui oscillent entre 14 et 42 %. Plusieurs communes ont amorcé, pendant le XIXème siècle, une transformation radicale de leur économie agricole. Là où les terres labourables et les friches occupaient la majeure partie du foncier au début du XIXème siècle, ce sont désormais les vignes qui demeurent majoritaires. C’est le cas de communes telles que Chénas, Chiroubles, Emeringes, Jullié, Lantignié, Quincié et Régnié.

Beaujolais "viticole" et Beaujolais "vert"

Dans la seconde moitié du XIXème siècle, de nombreuses crises viticoles frappent les campagnes françaises : calamités agricoles, surproduction… Après une relative relance de l’économie viticole, les cultivateurs du canton de Beaujeu choisissent de spécialiser leurs activités en direction de la viticulture. L’ère de prospérité qui semble s’ouvrir à la fin du phylloxéra décide les paysans du Beaujolais à transformer l’agriculture locale et donc l’aspect des paysages.

On constate donc qu’entre les années 1820 et 1914, le paysage foncier s’est radicalement transformé dans le canton de Beaujeu. Le souci de mettre en valeur certaines terres, la modernisation de l’agriculture, l’abandon partiel de la jachère et l’envolée du marché viticole à la suite de la crise phylloxérique conduisent à planter en vignes les terrains inoccupés et autres terres labourables. Dans les communes « montagnardes » une spécialisation plus timide s’effectue également et les terres sont plus massivement occupées par des prés ou des bois. Quoiqu’il en soit c’est bien à la fin du XIXème siècle que le canton de Beaujeu opère sa mutation et s’oriente principalement vers la monoculture viticole.

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