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(Article) Histoire de Beaujeu aux XIXème et XXème siècles
Au début du XIXème siècle, le canton de Beaujeu connaît de profondes mutations qui vont transformer sa destinée. Ces changements, dus à des causes multiples et interdépendantes les unes des autres, sont visibles dans tous les domaines de la vie de la région : démographie, habitat, architecture, industrie, agriculture, artisanat, commerce, transports...

La population et ses transformations

Dans les communes du Haut-Beaujolais, il en est une dont l'histoire, la destinée, l'attraction exercée sur ses voisines et les transformations sont plus singulières et plus fortes. Il s'agit de Beaujeu. Capitale historique du Beaujolais jusqu'en 1540, date à laquelle Villefranche-sur-Saônela supplante, Beaujeu peut se vanter de posséder une histoire vieille de plus de dix siècles.

Au XIXème siècle, la cité n'a plus la même dynamique administrative, économique et culturelle qu'au Moyen Age. Elle reste pourtant toujours un centre majeur du nord du département du Rhône, notamment pour les communes plus isolées des collines environnantes. Si sa population reste relativement stable de la Révolution française au premier quart du XIXème siècle, un événement majeur va bouleverser ses structures démographiques. En 1833, Beaujeu fusionne avec la commune voisine des Etoux. Sa population augmente donc considérablement et l'addition des deux municipalités est renforcée par un certain exode en direction de Beaujeu.

A la fois chef-lieu de canton, centre commercial, artisanal et proto-industriel du Haut-Beaujolais, Beaujeu profite, durant la première moitié du XIXème siècle, du développement de la viticulture française pour se transformer définitivement en un pôle attractif pour les campagnes environnantes. En effet, marchands en tous genres, négociants en vins, commerçants et autres se bousculent pour jouir de cette prospérité inattendue. Il n'est pas rare de voir affluer nombre d'ouvriers agricoles, et surtout viticoles, petits artisans et commerçants des « montagnes » limitrophes pour goûter à cet enrichissement soudain du Beaujolais.

Signe de l'incroyable apport de la viticulture, de la croissance de Beaujeu et de son pouvoir d'attraction, l'évolution de sa démographie durant toute la première moitié du XIXème siècle. Tandis que l'accroissement naturel de la commune est déficitaire de 1836 à 1861, sa population ne cesse d'augmenter, passant de 3172 habitants à 3993 à ces deux dates respectives.

La viticulture : source de richesses et de développements

L'arrivée du chemin de fer dans la campagne beaujolaise au cours de la seconde moitié du XIXème siècle n'est certainement pas étrangère à l'essor des échanges commerciaux et à la progression de la viticulture et de l'artisanat local. Une ligne Beaujeu-Belleville est ouverte en 1868 avant que l'ancienne capitale du Beaujolais ne soit reliée à Villefranche-sur-Saône en 1901.

Néanmoins, l'essor prodigieux de la viticulture ne profite pas qu'à la principale localité du canton. Les autres communes, également tournées vers la production viticole depuis de nombreuses décennies, témoignent également d'une vitalité nouvelle pour cette région rurale encore marquée par certaines pratiques agricoles vivrières et archaïques, telles que le « vigneronnage ». Système hérité du Moyen Age, il consiste en un partage équitable des récoltes viticoles entre le propriétaire et l'exploitant qui détient de bâtiments d'habitation, d'exploitation mis à sa disposition par le propriétaire mais qui est contraint d'entretenir un cheptel abondant.

Cette croissance nouvelle des campagnes beaujolaises s'observe dans le développement des bourgs ruraux où les commerces fleurissent, les municipalités se dotent de nouveaux bâtiments administratifs tandis que les édifices religieux anciens sont remplacés par de nouveaux lieux de culte plus imposants, témoignant le maintien de l'influence chrétienne parmi la plupart des classes sociales. Hors des centres-bourgs, l'enrichissement est également palpable dans des habitations vigneronnes plus spacieuses et plus confortables mais surtout dans la multiplication des propriétés bourgeoises.

Si les richesses s’amoncellent, elles ne parviennent pas encore entre les mains d'une grande majorité. Dominée par une grande propriété foncière de notables locaux et lyonnais, le canton de Beaujeu voit arriver la grande crise de la vigne du XIXème siècle, une de plus, avec optimisme. Celle-ci venue d'Amérique sous la forme d'un insecte microscopique se nomme phylloxéra et dévore tout sur son passage. Le Beaujolais est ruiné puis sauvé par un des siens, Victor Pulliat, qui trouve dans le greffage des cépages français sur des racines américaines, le remède tant espéré. Les contemporains souffrent pendant près de trente ans mais les anciennes structures agraires si inégalitaires et les facilités financières de la grande propriété du Beaujolais permettent au vignoble de sortir de la crise. Bientôt, les vignerons récoltent les lauriers de leur travail acharné et acquièrent progressivement leur indépendance et la propriété de cette terre qu'ils chérissent tant.

L'arrivée des crises

Le XXème siècle arrive et avec lui son lot d'inévitables « surprises ». D'abord, il y a la crise de surproduction viticole, directement liée à la crise du phylloxéra et à l'acharnement à replanter massivement cette vigne qui a fait défaut trop longtemps. Puis, vient le temps de la « Grande Guerre », des départs massifs pour le front et des honneurs pour ceux qui ne sont pas rentrés. Ensuite, les années d'entre-deux-guerres laissent entrevoir un espoir de modernisation, de renouveau et d’expansion avant qu'un nouveau conflit mondial ne vienne à nouveau ralentir les longs, nombreux et vaillants efforts des vignerons du Beaujolais.

Telle est l'histoire contemporaine de cette ancienne province seigneuriale du royaume de France, au temps d'Anne de Beaujeu, régente de France de 1483 à 1491. Partagé entre les premiers contreforts du Massif Central et la vallée de la Saône, entre le maintien d'une tradition profondément enracinée et une envie de modernisation indispensable à sa survie, le canton de Beaujeu a vu son histoire se construire au fur et à mesure des siècles sous l'influence très marquée de son chef-lieu éponyme et de cette viticulture qui fait aujourd'hui sa renommée dans le monde entier.

Pour en savoir et en voir plus, vous pouvez, en cliquant sur le lien ci-dessous, acheter et lire l'ouvrage "Beaujeu et ses environs", publié en 2013 aux Editions Sutton, Collection Mémoire en images

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