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(Article) Victor Pulliat, un prophète en son pays
Homme de sciences, fervent partisan de la reconstitution du vignoble par le greffage, Victor Pulliat est un des personnages historiques de premier plan du Beaujolais. 

Benoit-Victor-Joseph Pulliat naît le 17 avril 1827 au domaine de Tempéré, à Chiroubles dans le Rhône. Ses parents se nomment Joseph Pulliat, 56 ans, négociant en vins et maire de la commune de Chiroubles et Claudine Mathieu, sa mère âgée de 41 ans.

Les origines de Victor Pulliat

Joseph Pulliat père est issu d’une famille du Beaujolais dont on retrouve principalement la trace à Fleurie. Claudine Mathieu, originaire de Voureilles, en Saône-et-Loire où elle est née, réside elle à Beaujeu. Après leur union en septembre 1820, le couple Pulliat-Mathieu met au monde en 1822 une fille aînée, Antoinette-Eugénie. Propriétaire du domaine de Tempéré à Chiroubles, Joseph Pulliat est également un grand propriétaire foncier. Dans une région de petites propriétés dispersées, le père de Victor possède une propriété de plus de 31 hectares à Chiroubles (soit 4 % du territoire de la commune), d’un seul tenant ou presque.

Maire de la commune de Chiroubles de 1812 à 1833, Joseph Pulliat est un bon exemple de ce que représente les notables ruraux de l’époque, et surtout dans le Beaujolais. Non content de posséder le sol et de contrôler l’écoulement de la production viticole beaujolaise, Joseph Pulliat demeure également au sommet de l’échelon politique communal, rôle qu’il occupera jusqu’à sa mort le 12 juillet 1833. S’il a très peu connu son père, le jeune Victor a certainement développé, au travers de cet homme, les valeurs et les principes, tant politiques que sociales, qu’il défendra tout au long de sa vie.

La jeunesse et la naissance des vocations

Orphelin de son père dès l’âge de 6 ans, Victor Pulliat est placé très jeune en étude par sa mère successivement aux séminaires de Semur-en-Auxois et de l’Argentière. On ne trouve alors plus sa trace dans le Beaujolais jusqu’à 1846 où il est recensé au domaine de Tempéré dans le foyer de sa mère. Il est alors âgé de 19 ans. Ces années passées loin de son Beaujolais natal sont utilement mises à profit puisque très tôt Victor se passionne pour les plantes et les étudient avec intérêt. La culture des plantes devient vite une sorte de vocation et notamment celle des rosiers, des arbres fruitiers et de la vigne en particulier.

Exempté de service militaire en 1847 au motif qu’il est « fils unique de veuve », Victor Pulliat ne fait pas partie de la traditionnelle paysannerie du Beaujolais du XIXe siècle, de par ses origines comme nous l’avons vu précédemment, mais également par son niveau d’instruction puisqu’il sait lire et écrire. Après avoir lu l’ouvrage du comte Odart, éminent viticulteur, le jeune Victor trouve dans la viticulture et l’ampélographie le moyen de concilier son amour de la botanique et son attachement à son Beaujolais natal.

Le retour en Beaujolais

En 1846, Victor Pulliat est donc revenu sur ses terres Chiroublonnes. Le foyer qu’il occupe avec sa mère, alors propriétaire et rentière, jusqu’en 1853 comporte trois domestiques, signe d’une certaine opulence. Le jeune homme est alors apparemment "sans profession" jusqu’en 1851. Le 19 décembre 1852, la mère de Victor Pulliat décide de faire une donation-partage au profit de ses deux enfants, Victor et Antoinette-Eugénie, de tous ses biens meubles et immeubles ainsi que ceux dépendant de la succession de leur père. Victor hérite donc du domaine de Tempéré d’autant plus que, dans son testament du 5 juillet 1833, son père lui a légué le tiers par préciput de tous ses biens meubles et immeubles. Ces legs représentent alors un ensemble de parcelles de près de 12 hectares, formant une propriété d’un seul tenant.

Devenu propriétaire du domaine de Tempéré, Victor Pulliat commence alors son incroyable collection de cépages du monde entier, avec la participation de tous les ampélographes de l’univers viticole et grâce à ses multiples voyages à travers l’Europe.

A la suite de l’exposition de viticulture tenue à Lyon en 1869, est décidée la création d’une organisation viticole pour la région lyonnaise. En effet, le phylloxéra est aux portes du département du Rhône. Signalé à Ampuis et Villié-Morgon dès 1870, l’arrivée du puceron semble accélérer la création d’une instance viticole régionale. Ainsi, le 22 janvier 1870, Victor Pulliat fonde, en compagnie du pomologiste bressan Alphonse Mas, la Société Régionale de Viticulture de Lyon.

La lutte contre le phylloxéra

A la fin du XIXème siècle, un insecte encore méconnu touche les vignobles de la France entière, et bientôt de l’Europe. Ce puceron importé d’Amérique, en même temps que les cépages indigènes d’outre-Atlantique, ravage d’abord les régions viticoles du Sud de la France avant de remonter la vallée du Rhône et d’atteindre dès 1871 le département du Rhône et les vignobles du Beaujolais. Ampélographe autodidacte de renom, Victor Pulliat va faire de la lutte contre le phylloxéra son cheval de bataille. Par le biais de la Société Régionale de Viticulture de Lyon, il commence à prôner un moyen pour lutter efficacement contre la maladie : le greffage des cépages français sur racines résistantes. Instigateur de nombreuses conférences et de cours de greffage, Victor Pulliat devient rapidement le porte parole des défenseurs du greffage, encore minoritaires face aux fervents partisans de sulfurage. Cette technique, consistant à injecter dans le sol et les racines une quantité abondante de sulfure de carbone destinée à étouffer l’insecte, est d’emblée la méthode préconisée par les savants, la plus utilisée par les viticulteurs, d’autant plus que l’Etat en assure le financement.

En 1879, l’Etat vote le 2 août une loi pour endiguer les progrès du phylloxéra et encourage la création de syndicats de défense en accordant de nombreuses subventions pour l’emploi du sulfure de carbone. Dès cette même année 1879, la commune de Chiroubles est la première du Rhône à se doter d’une telle organisation. Victor Pulliat fait partie de la liste des propriétaires déclarant des vignes touchées par le mal puisqu’il déclare 33 ares de vigne à traiter. Fait également partie du même syndicat, un de ses plus fervents opposants en la personne d’Emile Cheysson. Ce propriétaire de Chiroubles, rapporteur du syndicat de Chiroubles dès 1879, ingénieur des ponts et chaussées, directeur au Ministère des travaux publics et fondateur de la Mutualité sociale agricole, croit aux vertus infinies du sulfurage et s’oppose à Victor Pulliat qui défend depuis 1863 et l’apparition du phylloxéra, la solution du greffage.

A l’origine, il apparaît que Victor Pulliat le scientifique prend le pas sur Victor Pulliat le « politicien ». En effet, s’il préconise ardemment le greffage, il ne renonce pas à expérimenter les résultats du sulfure de carbone. La faible surface de son domaine viticole qu’il déclare à traiter au sulfure (33 ares sur un domaine de plus de 20 hectares essentiellement occupé par la vigne) rend compte du probable caractère expérimental. Toutefois, le premier rapport de 1880 du syndicat de Chiroubles au Ministre de l’Agriculture et du Commerce faisant état d’une « opinion [qui] semblait [se] tourner avec plus de faveur vers les vignes américaines », la conviction de Victor Pulliat est renforcée malgré les « applications partielles de sulfure de carbone [qui] furent faites par quelques propriétaires ». Le rapport étant le fait d’Emile Cheysson, il faut prendre avec précaution les observations qui y sont mentionnées.

Dès 1883, la lutte intestine entre les deux hommes prend corps d’une façon plus significative puisque Victor Pulliat et deux autres hommes, MM. Ferraud et Violet, fondent un second syndicat de défense contre le phylloxéra dans la commune de Chiroubles. Si le syndicat originel d’Emile Cheysson demeure majoritaire et si le syndicat apparemment formé sous l’impulsion de Victor Pulliat et des divergences idéologiques avec Cheysson disparaît en 1885, cette création a le mérite de signifier les oppositions entre les deux hommes influents de Chiroubles. Paradoxalement, la rivalité doctrinale des deux hommes n’a pas favorisé la création de plusieurs syndicats de défense contre le phylloxéra à Chiroubles, contrairement à la plupart des autres communes du Beaujolais et du canton de Beaujeu.

Parallèlement à son implication locale, Victor Pulliat tente de donner du relief à sa théorie du greffage aux plus hauts niveaux. Après avoir été désigné par le Comice Agricole du Haut-Beaujolais, dont il fait apparemment partie depuis 1867, comme candidat du futur comité départemental d’études et de vigilance contre le phylloxéra du Rhône, un arrêté préfectoral du 2 juin 1876 l’en fait membre officiel. Il devient le secrétaire de ce même comité en 1878. Au-delà de ses fonctions syndicales et de son implication pour défendre le vignoble du Beaujolais, Victor Pulliat est l’auteur de nombreux ouvrages, revues et publications.

Si ses premières publications sont des études strictement ampélographiques comme la revue Le Vignoble, publiée de 1874 à 1880, rédigée en 3 volumes avec la collaboration d’Alphonse Mas et la participation, entre autres, de MM. Odart, Rouget, Pellicot, Henri Marès, Houbdine ou Bouschet, ou le Rapport sur les études ampélographiques faites en 1872 par la Société régionale de Viticulture de Lyon publié en 1873, Victor Pulliat traduit vite ses publications en adéquation avec son engagement contre le phylloxéra.

Tout en continuant à s’intéresser à l’ampélographie pure (Cépages et vins beaujolais, 1869 / Rapport sur l’exposition des raisins faite à Lyon du 15 au 19 septembre 1869, 1871 / Les vignobles du Haut-Rhône et du Valais, 1885 / Mille variétés de vignes : description et synonymies, 1888 / Les raisins précoces pour le vin et la table, 1897 / Les vignobles d’Algérie, 1898), il rédige des ouvrages sur la lutte contre le phylloxéra et fait l’apologie du greffage (La vigne américaine, 1877 / Manuel du greffeur de vignes, 1886 / Les vignes d'Amérique : les traitements au sulfure de carbone et les traitements contre le Mildew dans la région lyonnaise, 1887). En 1877 avec Robin et Planchon, scientifiques engagés dans la lutte contre le phylloxéra, il rédige et publie une revue mensuelle qui fait autorité dans le monde de la viticulture pendant une trentaine d’années La vigne américaine et la culture de la vigne en Europe. Il continue également à participer à de nombreux ouvrages et revues en commun à travers la France et l’Europe.

Sciences, enseignement et vulgarisation

Intéressé depuis son plus jeune âge par les sciences naturelles, la botanique et l’horticulture, Victor Pulliat devient rapidement un scientifique et un vulgarisateur de renom que René Gérard, membre de la Société d’horticulture pratique du Rhône, décrit comme « ampélographe de premier ordre, le premier de l’époque ». Ses connaissances de la viticulture et du Beaujolais font de lui de 1876 à 1884 un membre puis le secrétaire du Comité départemental d’études et de vigilance contre le phylloxéra du Rhône.

Fondateur de la Société régionale de viticulture de Lyon en 1870, il en devient vice-président de 1874 à 1876, avant d’en être le secrétaire adjoint de 1877 à 1878. Puis, de 1879 à 1888, il devient secrétaire principal de cette même Société. Toutefois, dès 1884 ses fonctions au sein de la Société occupent certainement moins son temps puisqu’il est nommé, après concours, le premier professeur titulaire de la chaire de la viticulture qui vient d’être créée à l’Institut National Agronomique de Paris. Il enseigne donc durant quelques années la viticulture à l’INA avant que l’agitation de la capitale et la nostalgie de son Beaujolais ne le contraignent à renoncer à cette haute fonction. A la fin de l’année scolaire 1888, Victor Pulliat est de retour à Chiroubles et devient par un arrêté du 15 juin 1889 directeur et professeur de viticulture de l’Ecole pratique d’Agriculture d’Ecully.

Originellement organisé à sa création en 1876 en Institut expérimental agricole, l’institution devient Ecole pratique d’Agriculture en 1881 par un arrêté ministériel du 27 juillet. Si l’Ecole « est destinée à donner une bonne instruction professionnelle aux fils de cultivateurs, propriétaires ou fermiers, et, en général, aux jeunes gens qui se destinent à la carrière et à l’enseignement agricoles », Victor Pulliat l’oriente dès son arrivée vers une autre destinée. « Il eut le sentiment que cette institution devait être, en raison de sa situation dans une région presque entièrement viticole, moins un Institut agricole qu’une Ecole de viticulture, et tous ses efforts tendirent vers ce but : créer à Lyon une Ecole spéciale de viticulture dont l’influence se serait fait sentir dans le Sud-Est, le Centre et le bassin de Rhône jusqu’à cette limite où le vignoble, et par l’exposition, et par la constitution du sol, relève davantage de l’enseignement de l’Ecole de Montpellier ».

Si son implication à la Société régionale de viticulture de Lyon continue d’être indéniable tout au long de sa vie ; il en est président de 1889 à 1891 puis président honoraire de 1892 à 1895 ; ses efforts se concentrent principalement durant cette période à faire de l’Ecole d’Ecully une Ecole de viticulture pour la région lyonnaise et le Sud-Est de la France. Dès 1890, il met en place une nouvelle politique dans l’organisation et l’orientation de l’Ecole. La place prise par l’enseignement de la viticulture, la superficie des plantations en vigne de l’Ecole et les expérimentations viticoles de plus en plus tournées vers la lutte contre le phylloxéra définissent précisément les volontés de Victor Pulliat. Les rapports que Victor Pulliat dresse à la Commission générale de l’agriculture du Conseil général du Rhône sur le fonctionnement sont peu précis et ne font pas état de l’orientation de plus en plus favorable à l’enseignement de la viticulture prise par l’Ecole. En 1893, M. Lagrange, membre de cette même Commission, constate qu’ « on transforme l’établissement d’Ecully en école de viticulture » puisque M. Pulliat a vendu l’ensemble du matériel agricole pour le remplacer par « des outils destinés à la culture de la vigne ». Certains membres de la Commission générale de l’agriculture du Conseil général du Rhône prennent d’une façon relative la défense de Victor Pulliat en précisant que la nature de la propriété de l’Ecole ou les orientations agricoles de la région poussent à se spécialiser. Malgré tout, cette Ecole de viticulture souhaitée par Victor Pulliat est combattue par les instances publiques et le Chiroublon ne le connaîtra jamais de son vivant.

Le poste de secrétaire de la Section viticulture du Comice agricole du Haut-Beaujolais qu’il occupe de 1867 à 1871 démontre à quel point Victor Pulliat est un personnage respecté et influent dans le monde viticole beaujolais de la fin du XIXème siècle. Son implication dans l’amélioration de la culture de la vigne et son attachement à la région le place aux responsabilités les plus importantes de la viticulture rhodanienne. La légitimité et la respectabilité dont il jouit sur le plan national ont également fait de lui un protagoniste de la viticulture de l’époque et un des plus influents scientifiques engagés dans la lutte contre le phylloxéra : « il était un oracle en viticulture, non seulement en France mais dans toutes les contrées où croît la vigne. Ses correspondants étaient légion ».

Le Beaujolais et la famille : Pulliat, un enfant du pays

Né d’un père dont la famille est originaire de Fleurie, commune limitrophe de Chiroubles, et d’une mère née dans la Loire mais résidant à Beaujeu au moment de son mariage, Victor Pulliat est d’emblée un enfant marqué par l’empreinte d’une région atypique : le Beaujolais. Envoyé durant son enfance et son adolescence au séminaire en Bourgogne, le jeune Victor revient auprès des siens et dans son cher Beaujolais. Présent lors du recensement de 1846 au sein du foyer de sa mère à Chiroubles, Victor Pulliat réside à Chiroubles, de façon certainement quelque peu discontinue, de 1846 à 1891. Malgré sa nomination à l’INA en 1884, il revient fréquemment à Chiroubles et y est même recensé durant son périple parisien.

En 1891, Victor Pulliat est recensé à Ecully en compagnie de sa femme, de Marie et Joséphine, ses deux filles, en raison de son rôle de professeur et de directeur de l’Ecole d’Agriculture de la commune. Cependant, il conserve sa propriété de Chiroubles et y revient aussi souvent que possible, peu importe les péripéties survenues : « blessé aux genoux, il rentrait immédiatement chez lui, à Ecully, mais ne se trouvait cependant pas assez souffrant, pour ne point se rendre le lendemain, comme cela était son intention, à sa propriété de Chiroubles ».

En 1888, malgré le prestige de son poste de professeur de la chaire de viticulture à l’INA, Victor Pulliat démissionne de ses fonctions pour retrouver ses vignobles beaujolais, nostalgique qu’il était des coteaux viticoles locaux.

Après avoir épousé Marie-Eugénie-Félicité-Alexandrine Dufour le 22 novembre 1852, Victor Pulliat devient père d’une petite Marie-Antoinette, fin 1853. Cette première fille aînée décède le 13 mai 1855 au domaine de Tempéré, à Chiroubles. Puis les époux Pulliat accueillent en leur foyer de 1855 à 1869 deux fils et trois filles. Son père, Joseph Pulliat, décédé le 12 juillet 1833, Victor partage la demeure chiroublonne avec sa mère jusqu’au 23 janvier 1853, date du décès de cette dernière à Vernay dans la demeure de sa fille. Claudine Mathieu, la mère de Victor Pulliat, devenue propriétaire rentière à la fin de sa vie, certainement grâce à l’essor spectaculaire de la viticulture, a légué en 1852 à ses deux enfants, Victor et Antoinette-Eugénie, la totalité de ses biens et ceux dépendant de la communauté qu’elle avait formé avec Joseph Pulliat.

Au cours de toutes ces années, Victor Pulliat peut être considéré, comme nous le verrons plus loin, comme un propriétaire et un viticulteur aisé du Beaujolais. Il ne possède pas moins de trois domestiques tout au long de sa vie, sauf en 1886 où les effets du phylloxéra se faisant certainement durement sentir, il ne possède qu’une cuisinière. Mais, en 1872 et 1891, années où le vin se vend abondamment soit grâce aux nouveaux débouchés commerciaux et aux récoltes abondantes, soit grâce à la victoire partielle remportée sur le phylloxéra, Victor Pulliat emploie respectivement six et cinq domestiques.

Le domaine de Tempéré à Chiroubles

Tout au long de sa vie, Victor Pulliat n’aura de cesse d’améliorer sa propriété viticole de « Tempéré » à Chiroubles, au cœur du Beaujolais. Expérimentateur avisé, il réunit sur sa propriété plus de 1 200 cépages différents provenant d’Asie, d’Amérique, d’Afrique, d’Europe et du monde entier.

Ce domaine dont il hérite de ses parents après le décès de son père Joseph en 1833 et la donation faite par sa mère à lui et à sa sœur en 1852, lui revient principalement grâce au testament de Joseph lui octroyant le tiers par préciput de tous ses biens meubles et immeubles.

Victor, déjà orienté dans l’activité viticole et, sa sœur vivant avec son époux à Vernay, une commune proche de Beaujeu, devient le propriétaire naturel du domaine viticole de « Tempéré ». Scientifique à l’« esprit profond », homme de modernité, Victor Pulliat s’attache à donner au domaine de « Tempéré » la plus grande facilité d’exploitation et ne semble pas ou prou attiré par la rente agraire. Ainsi, de 1853 à 1865, il revend plus de 10 hectares des terres qu’il avait reçu de ses parents. Ces terres situées à Villié-Morgon sont trop éloignées du domaine de « Tempéré » pour être efficacement et rentablement exploitées. Sa connaissance de l’économie agricole locale et ses besoins financiers pour assurer des expérimentations viticoles personnelles le poussent certainement à vendre au détail une grande partie de ses biens fonciers. Ainsi, sur les 14 actes de vente répertoriés entre 1853 et 1865, on dénombre pas moins de 11 acheteurs différents.

Si Victor Pulliat tente d’obtenir la meilleure plus-value en vendant ses biens à l’unité, il faut également tenir compte de la nature même du marché foncier dans le Beaujolais viticole. Région de petites propriétés dominée par les immenses étendues foncière nobiliaires et bourgeoises, le Beaujolais et le canton de Beaujeu de la fin du XIXème siècle sont des marchés fonciers étroits. Il y a peu d’acheteurs, peu de ventes, l’origine géographique des propriétaires est à peine régionale et leur provenance sociale très limitée. Le commerce et l’artisanat local parviennent timidement à la propriété en cette période mais la paysannerie et la petite propriété, très importante en nombre, s’approprie difficilement le sol. L’étalement dans la durée des ventes de Victor Pulliat n’est donc pas que pure spéculation foncière. Il est également prisonnier d’un marché foncier peu actif.

Malgré tout, il ressort de chacune de ces transactions la volonté de Victor Pulliat de rendre son domaine de « Tempéré » plus rentable et de rationaliser ses propriétés sans s’étendre de manière dispersée. Dans ce but, il rachète à sa sœur en 1857 et 1858 un bois et le domaine vigneronnage qui dépendaient de la succession de leurs parents jouxtant le domaine de « Tempéré » et s’étendant sur les communes de Chiroubles et de Villié-Morgon. La même année 1857, il échange avec Philibert Durand, un petit propriétaire de Chiroubles, une vigne contre deux parcelles de terrain occupées par des bois, prés, vignes et terres mais dont la proximité avec sa propriété est particulièrement intéressante.

Le domaine de « Tempéré » constitué de plusieurs parcelles d’un seul tenant ne connaît donc aucune mutation spectaculaire lorsque Victor Pulliat en est propriétaire. Se contenant de vendre les terrains isolés du domaine et de rectifier partiellement les limites de celui-ci, Victor Pulliat n’opère aucune opération d’envergure avant 1870.

Cette année-là, l’ampélographe le plus célèbre du Beaujolais acquiert à Corcelles-en-Beaujolais, lieudit du « Bois de la Barre », une terre de 3 hectares 44 ares et 23 centiares à un noble résidant à Paris, M. le vicomte Arthur de Soussay. Il y fait édifié une maison quelques années plus tard. Si le cadastre de la commune de Corcelles-en-Beaujolais mentionne la construction de ce nouvel édifice à la date de 1875, il faut certainement le dater quelques années auparavant, le cadastre ayant toujours au moins deux ou trois années de retard. Nous ne savons pas si Victor Pulliat vécut dans cette maison, si elle lui servait de résidence secondaire, notamment pour ses fréquents voyages à Ecully, la commune de Corcelles-en-Beaujolais étant plus facile d’accès depuis Lyon que Chiroubles. Toutefois, cet homme de science ne profitât pas, comme bon nombre de grands propriétaires et de rentiers du Beaujolais de l’époque, de la crise phylloxérique pour acheter à des prix très avantageux des biens immobiliers.

Pour la postérité

Rappelons également que Victor Pulliat fut adjoint au maire de la commune de Chiroubles de juillet à décembre 1855, puis de mars 1879 à 1881. Quelles pouvaient donc être les valeurs et les idées politiques d’un homme issu d’une bourgeoisie agricole locale dont l’engagement scientifique le poussait à défendre les intérêts des petits vignerons et des viticulteurs du Beaujolais, au point d’assurer des fonctions politiques communales sous le Second Empire puis sous la IIIème République ? Est-il pertinent de faire de lui un agrarien ? Nous ne sommes pas en mesure de répondre à de telles interrogations en l’état de nos connaissances mais force est de constater que l’humilité et l’attachement de l’homme pour sa région sont des traits importants de son caractère et de son action.

En 1870, Victor Pulliat eut l’honneur de voir son nom être porté par une rose créée par Claude Ducher. La production de roses étant alors en vogue à Lyon, le créateur rendit hommage à son comparse greffeur en créant cette rose de classe thé, jaune pâle. Longtemps combattu au cours de sa vie, Victor Pulliat gagna sa victoire sur les « sulfuristes » en 1888 lorsque la Commission supérieure d’études et de vigilance pour la destruction du phylloxéra reconnut le greffage de porte-greffes sur souches américaines comme moyen de reconstituer le vignoble. Ses principaux détracteurs et adversaires tels qu’Emile Cheysson lui rendirent un vibrant hommage lors des funérailles qui suivirent son décès le 12 août 1896. Ce dernier déclara notamment que « si ceux qu’il a obligés, sauvés étaient là, une foule immense couvrirait les coteaux verts des vignes et constitueraient la plus belle des couronnes funèbres ». Si Emile Bender, son ami et autre partisan convaincu du greffage, rappela sa modestie, sa gaieté, son affection et sa charité, René Gérard précise que « de nombreux orateurs sont venus sur sa tombe, parfois avec une véritable éloquence mais toujours avec l’accent de la conviction la plus grande, rappeler les diverses phases de la vie de Pulliat, ses mérites, sa bonté, son extrême obligeance et le vide que cause sa perte ».

Victor Pulliat fut, de son vivant, décoré de la Légion d’Honneur et devint également Commandeur de l’Ordre du Christ de Portugal. Un monument pour honorer sa mémoire fut édifié le 3 septembre 1898 sur la place de l’Eglise de la commune de Chiroubles. Dessiné par l’architecte Edouard Bissuel et sculpté par Pierre Aubert, ce monument représente un buste de Victor Pulliat. Aujourd’hui encore Victor Pulliat reçoit un hommage mérité venant de divers horizons. Si certaines chansons modernes rappellent les luttes victorieuses qu’il a mené pour la viticulture française : « je lève mon verre et je bois à ta santé Victor Pulliat », la ville de Bussy-Saint-Georges, dans le département de la Seine-et-Marne, à donner son nom à une rue depuis le 24 août 2009.

Pour plus d'informations, vous pouvez acheter et lire l'ouvrage publié en 2012 aux Editions du Poutan "Victor Pulliat, prophète en son pays".

http://poutan.fr/#24

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