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(Article) Le phylloxéra dans le canton de Beaujeu (1870-1900)
Le phylloxéra, puceron microscopique attaquant les vignes européennes à la fin du XIXe siècle, bouleverse définitivement le paysage agricole du Beaujolais.

Après des années de prospérité, la viticulture française est confrontée, durant la seconde moitié du XIXe siècle, à de graves crises. Parmi celles-ci, le phylloxéra est de loin la catastrophe la plus grave. Au-delà des ravages causés sur la vigne, cette maladie venue d’Amérique conduit l’ensemble de la viticulture et du monde rural français vers la ruine et la désolation. Des régions entièrement vouées à la monoculture de la vigne se retrouvent dans une impasse agricole, économique et foncière.

L’apparition de la maladie

A l’origine, le phylloxéra est un puceron microscopique se développant sur les racines des ceps de vigne. Se reproduisant très rapidement, ces insectes peuvent également répandre leurs méfaits grâce aux vents et à l’apparition d’individus ailés. Ils sont introduits en Europe par de riches propriétaires qui tentent alors des expériences sur les cépages américains.

Les premiers foyers d’infection sont constatés dans le Midi provençal avant de s’étendre à la région bordelaise et de remonter progressivement la vallée du Rhône sans épargner le moindre vignoble.

Le phylloxéra pénètre le département du Rhône dès 1871 où il est signalé à Ampuis et à Villié-Morgon. Comme dans la plupart des autres vignobles français, on n’ose imaginer que cet insecte puisse s’installer dans le Rhône.

Le canton de Beaujeu, situé au nord du département du Rhône, à la limite du département de la Saône-et-Loire, particulièrement réputé pour la qualité de ses vins, abrite déjà à l’époque les terroirs les plus prisés du Beaujolais viticole.

Les cultivateurs du Beaujolais pensent que la maladie sera vaincue par la rudesse des hivers et par les nombreux vallonnements. Les mesures préventives de lutte: arrachage des ceps et brûlage sur place par exemple, ne sont que partiellement respectées. Le puceron se répand alors facilement et à une cadence très vive. Rapidement, l’ensemble du département est touché de façon irréversible.

Les moyens de lutte

Pour faire face à ce fléau, de nombreux syndicats de lutte anti-phylloxérique et commissions sont mis en place. Ils ont pour but d’organiser la lutte et de conseiller les viticulteurs. La principale fonction de tels organismes est notamment de répartir les subventions ministérielles pour l’emploi du sulfure de carbone. Ce traitement chimique, bien que sans effet radical sur le puceron, est le moyen le plus employé dans la lutte et la survie des vignobles français.

Le canton de Beaujeu, solidement marqué par la grande propriété foncière, voit se multiplier le nombre de syndicats au même rythme que se développe le fléau phylloxérique. Toutefois, les effets escomptés ne sont pas significatifs, la production diminue fortement tandis que le mouvement des ventes de vins et celui des propriétés foncières sont en chute libre, synonymes d’une crise chronique grave.

Les conséquences

Cette même propriété foncière, loin de symboliser la démocratie rurale et fortement héritée des systèmes féodaux, prendra une place importante dans la survie du vignoble et contribuera à la reconquête du vignoble dans le canton de Beaujeu. En effet, le système d’exploitation agraire majoritaire, le « vigneronnage », dont les modalités se rapproche du métayage, a permis aux notables ruraux et à la bourgeoisie lyonnaise de conserver et d’accentuer son emprise foncière dans une région où la petite propriété domine. Cette puissance terrienne permettra aux grands propriétaires de bénéficier de réserves monétaires importante pour investir massivement dans la lutte puis, dans la reconstitution du vignoble en plants greffés. Le paysage foncier change radicalement laissant la place à la monoculture de la vigne et à la moyenne propriété.

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