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(Article) Qu'est-ce qu'un tinailler ? Son histoire et ses évolutions
Il est des mots, des expressions et des savoir-faire qui disparaissent au fil du temps. Parmi eux, bon nombre de métiers et de gestes du passé ont été remplacés par la mécanisation et le modernisme du XXème siècle. L'agriculture et les mondes ruraux sont certainement les plus touchés par la disparition de ce vocabulaire, parfois ancestral.

Les Editions du Tinailler, dont le but premier est de retracer l'histoire des mondes agricoles et ruraux anciens, illustrent parfaitement ce vocabulaire ancien, oublié et perdu. Qui sait aujourd'hui ce qu'on appelait un «  tinailler  »  ? Des spécialistes de la viticulture  ? Quelques historiens intéressés par les mondes ruraux contemporains  ? Les Editions du Tinailler se proposent donc de réparer les effets du temps sur nos traditions locales et sur notre culture populaire.

Le tinailler était le nom que l'on donnait traditionnellement dans le Mâconnais et dans le Beaujolais, au vaste local qui servait à stocker les cuves, les pressoirs et l'ensemble du matériel nécessaire à la transformation du raisin en vin. En cet endroit, avaient lieu toutes les opérations de réception de la vendange, de pressurage et de vinification. C'est également dans le tinailler que l'on entreposait parfois le vin. Par la suite, le tinailler fût dénommé « cuvier » ou « cuvage ».

D'où vient ce terme « tinailler » ? Autrefois, et jusqu'au début du XIXème siècle, on appelle « tine » la cuve de vin. Naturellement, le lieu où sont entreprosées les « tines » est appelé « tinailler ». De la même manière, lorsque le terme « cuve » vient remplacer « tine », l'endroit où l'on décharge la vendange et où l'on fabrique le vin prend une nouvelle dénomination.

Dans le Beaujolais et le Mâconnais, les exploitations viticoles sont de faibles étendues. Les notables et les propriétaires citadins demeurent propriétaires du sol et laissent peu de place aux cultivateurs locaux. Ces derniers sont contraints de louer leur bras, en compagnie de l'ensemble de leur famille, à ces riches et grands propriétaires fonciers. Profitant d'un système hérité du féodalisme, les rentiers du sol confient des terrains de natures diverses et de surfaces réduites. En moyenne, un vigneron beaujolais ou mâconnais du XIXème siècle exploite de quatre à six hectares de terres dont la moitité environ est cultivée en vignes. Le reste des parcelles est en nature de pré pour faire paître le cheptel, en bois pour le chauffage domestique, la fabrication d'outils et du matériel viticole et en nature de vassibles, ces terres de landes à genêts et de bruyères servant aux pacages estivaux et à la culture de quelques céréales.

Du fait des faibles surfaces viticoles mises en culture par les vignerons beaujolais et mâconnais, le tinailler ne se compose souvent dans ces régions que d'un matériel sommaire. Les cuves, ou tines, sont en bois et au nombre de trois en moyenne. Elles peuvent contenir chacune un peu plus d'une dizaine d'hectolitres de vin. On trouve également dans le tinailler un pressoir à roue, généralement en bois, actionné par la force manuelle des hommes et un mécanisme ancestral. Des bennes, des bennots, des entonnoirs en bois viennent compléter un dispositif dont la modernité est toute relative pour l'époque.

Le foulage de la vendange se fait encore au pied puis au pilon pendant une bonne partie du XIXème siècle. Les connaissances en matière de vinification et de fermentation alcoolique du raisin sont sommaires avant les travaux de Pasteur. Le vigneron travaille alors de façon empirique en observant attentivement et en écoutant scrupuleusement les évolutions de cette fermentation. Dans le tinailler, la cuvaison varie en fonction des conditions climatiques et atmosphériques lors de la récolte de la vendange et des jours qui ont suivi. En règle générale, elle dure de deux jours à une semaine.

Dans le tinailler, propriétaires fonciers et vignerons partagent équitablement et très méthodiquement la récolte de raisins. Les contrats de « vigneronnage » beaujolais et mâconnais dits « à mi-fruits » prévoient que les récoltes soient partagées à égales moitiés entre celui qui exploite la vigne et celui qui en est le propriétaire et la caution financière. Au-delà de toutes les opérations de transformations du raisin, le tinailler était également souvent un lieu de fête, de convivialité, de réception et de dégustation. Pendant les vendanges, le tinailler est, au XIXème siècle, le lieu où l'on prend le repas du soir souvent copieux et bien arrosé. C'est également dans le tinailler que l'on fête la fin des vendanges, communément appelée en Beaujolais et en Mâconnais « revole » ou « revoule ». Le vigneron et quelques camarades ont rangé et nettoyé un renfoncement du tinailler pour y dresser une sommaire estrade où les musiciens peuvent enjouer de musiques populaires les travailleurs de la vigne.

Plus qu'un simple lieu de travail, d'opérations viti-vinicoles et de stockage du matériel et du vin, le tinailler est au XIXème siècle un espace de vie à part entière où se succèdent les transformations du raisin en vin, les rencontres en tous genres, les repas et les dégustations de vin. De nos jours, le cuvage s'est modernisé et les travaux se sont mécanisés mais il demeure toujours un lieu privilégié de convivialité et de découverte.

(Article) Qu'est-ce qu'un tinailler ? Son histoire et ses évolutions

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