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(Article) L'histoire des comices agricoles en France (XIXe-XXe siècles)

Les comices agricoles étaient, à la fin du XIXème et au début du XXème siècle, des assemblées formées par les propriétaires et les fermiers d'une région rurale dont le but premier était d'échanger les expériences de chacun et ainsi d'améliorer les techniques et les pratiques agricoles. Ces institutions organisaient, en général une fois par an, des manifestations publiques où défilés, expositions de matériels, concours de labour, remises de prix et autres festivités investissaient et animaient l'espace public.

Les sociétés d'agriculture : une tradition ancienne

Avant la Révolution française, il existait déjà en France des « Sociétés d'Agriculture, des Sciences, des Arts et Belles Lettres » qui sont d'une certaine manière les ancêtres des comices agricoles des XIXème et XXème siècles. Ces sociétés étaient l'occasion pour les notables, les scientifiques et les plus érudits en matière d'agriculture et d'agronomie notamment, de partager leurs expériences et de faire progresser les savoirs et les techniques agricoles. En 1793, tous les rassemblements, corporatistes ou non, même sans nature politique, sont prohibés par la Convention. Les organisations, sociétés et autres associations de propriétaires ruraux et travailleurs du sol disparaissent donc momentanément.

Avec l'arrivée de Napoléon au pouvoir, l'agriculture ne retrouve pas tout à fait son importance. Les velléités expansionnistes de l'Empire mettent plus souvent entre les mains des paysans, une arme qu'une faux ou une houe. Dans les années 1820, des notables français commencent à faire la promotion des organisations agricoles anglaises et suggèrent de copier ce modèle en France. Le duc Elie Decazes, ministre de l'intérieur de Louis XVIII, fait partie des premiers instigateurs : « Il m’a semblé que si de pareilles institutions pouvaient s’acclimater dans un État aussi avantageusement situé que la France, notre agriculture en retirerait des fruits précieux. Nos cultivateurs, mettant en commun leurs connaissances pratiques et leur expérience, seraient mieux appréciés et s’attacheraient davantage à leur état. (…) Tout ce qui sert à la nourriture de l’homme, se perfectionnerait en qualité et s’accroîtrait en quantité. Nos marchés s’approvisionneraient mieux et plus abondamment et un surcroît d’aisance générale serait un des résultats heureux des associations agricoles que nous aurions eu le bon esprit d’emprunter à nos voisins ».

Foires, marchés, comices : lieux de convivialité rurale

Avant l'apparition massive de ces comices, les foires et les marchés locaux demeurent des lieux de convivialité où l'on trouve les prémices des caractéristiques des comices agricoles : animaux en tous genres, artisans et exposants divers, produits chimiques et industriels, machines agricoles...Les démonstrations publiques se développent et attirent de nombreux curieux. Les associations corporatives et la société villageoise seront bientôt le ciment du développement du syndicalisme paysan.

Malgré une promotion importante, la renaissance des sociétés d'agriculture ne s'opère véritablement que dans les années 1830. Des concours de charrues sont organisés. Des inspecteurs généraux de l'agriculture sont nommés et les premières fermes modèles sont mises en avant. C'est en 1833 qu'est promulgué un règlement visant à créer les comices agricoles. Le premier de ces comices français semble avoir été créé dans la Nièvre, à Clamecy en 1839. Le but était « d'instaurer de fréquents et intimes rapports entre les propriétaires et les cultivateurs et dans le même temps, de stimuler le rôle de tous ceux qui se livraient à l'agriculture et à l'élevage, en encourageant et en propageant le perfectionnement des instruments aratoires et les meilleures méthodes d'assolement, de mettre en commun et répandre le plus possible les connaissances acquises sur l'amélioration des races de bestiaux au moyen d'un croisement bien combiné ». La nature et le rôle des comices agricoles sont parfaitement résumés. L'essor de ces organisations était tout tracé.

Pendant tout le XIXème siècle, les comices agricoles se multiplient à travers tout le territoire hexagonal. Les populations rurales se rendent avec leurs animaux et leur matériel au chef-lieu de canton. Ils célèbrent alors le triomphe de l'agriculture française, en plein développement pendant les trois-quarts du XIXème siècle. Symboles d'une République agrarienne, les comices agricoles se voulaient le reflet d'une France travailleuse et efficace où les élites citadines et les notables ruraux savaient s'attacher le soutien de la paysannerie en faisant l'éloge des mondes ruraux et des activités agricoles. Tout était mis en œuvre au sein des comices pour faire progresser l'agriculture, comme nous le démontre en 1885 un extrait du règlement du comice agricole du Haut-Beaujolais : « Il s’occupe exclusivement des intérêts pratiques de l’agriculture et de l’économie rurale. Il distribue des primes à ceux qui sont jugés les avoir méritées dans les concours, pour le labour des terres, la culture de la vigne et la vinification, l’amélioration des prairies et la production des fourrages artificiels, l’élevage du bétail, le perfectionnement et le meilleur emploi des engrais. Il décerne des récompenses aux propriétaires et cultivateurs qui se distinguent par une culture intelligente et productive, aux cantonniers et aux gardes champêtres remplissant le mieux leurs fonctions, et aux domestiques des deux sexes signalés pour leur bonne conduite et leur coopération prolongée à la même exploitation ».

Ces réunions des professionnels de la terre se voulaient une vitrine de l'agriculture française et une promotion de la France rurale. Elles étaient aussi l'occasion de mettre en avant et de découvrir les avancées en matière d'agronomie, de mécanisation du travail, de science agricole, de rationalisation de l'économie rurale...On y récompensait les innovations et les réussites probantes, pour encourager et stimuler le monde agricole dans son ensemble. De la médaille symbolique à la dotation en argent, toutes sortes de récompenses étaient distribuées. Ces prix sont la plupart du temps remis par le Préfet du département. Dans le seconde moitié du XIXème siècle, les comices ne demeurent plus des simples expositions et remises de prix agricoles. Ils deviennent festifs et rassemblent des communautés villageoises en provenance de l'ensemble du canton. Les comices agricoles sont alors un lieu de divertissement et de sociabilité rurale intense, rôle qu'ils continueront de jouer pendant le début du XXème siècle.

(Article) L'histoire des comices agricoles en France (XIXe-XXe siècles)
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