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(Article) Le Mont Brouilly : son histoire et sa chapelle

Aux origines de Brouilly

Dès l'Antiquité, ce petit mont isolé et indépendant de la chaîne des monts du Beaujolais aurait certainement servi de lieu de culte aux païens. En l'an 100 de notre ère, les Romains y cultivent déjà de la vigne. Un dénommé Brulius, lieutenant de l'armée romaine aurait reçu la colline en récompense de ses nombreuses victoires de guerre. Installé sur le mont, il lui aurait donné son nom. Officier de la légion impériale sous Jules César, Brulius vit sur la colline et décide de profiter de l'ensoleillement exceptionnel du site pour y planter de la vigne en quantité. La longue histoire viticole du mont Brouilly pouvait commencer.

Une colline sacrée ?

Durant des siècles, les Hommes continuent de développer la culture de la vigne dans le Beaujolais et particulièrement sur les coteaux du mont Brouilly qui donne des vins reconnus et renommés. Au XIXème siècle, la viticulture, en pleine expansion, est régulièrement soumise à des aléas et à des crises qui freinent son développement et ruinent les viticulteurs opiniâtres. Des conditions météorologiques défavorables aux fléaux cryptogamiques, en passant par les ravageurs de la vigne en tous genres, les vignobles ne sont guère épargnés. Pour lutter contre ces aléas indépendants du labeur et de la bonne volonté vigneronne, les habitants proches de la colline de Brouilly décident d'édifier en son sommet, une chapelle qui protégerait leurs vignes. Les grêles, les gelées et l'oïdium auraient particulièrement ravagé les vignes alentours entre 1850 et 1852 et auraient incité les viticulteurs à chercher un solution divine à leurs malheurs.

Le monticule reçoit depuis toujours des formes de vénérations de la part des populations beaujolaises. Il y a fort longtemps, à la cime de la colline, une croix monumentale fut placée afin "d'encourager les espérances, d'apaiser les craintes et de sanctifier les joies"1. Une statue y aurait également trouvé place, témoignant encore un peu plus de l'intérêt religieux que les populations alentours vouaient à cette colline. Avant la construction de la chapelle, la question de la construction d'un édifice religieux fut évoquée à plusieurs reprises sans que cette hypothèse n'aboutisse concrètement. Les vicissitudes de la viticulture du XIXème siècle poussent alors à étudier une nouvelle fois cette question et à mettre sur pieds un projet solide. Paul Brac de la Perrière, propriétaire à Saint-Lager, rappelle qu'"au milieu de ces circonstances fâcheuses que les moyens humains ne peuvent conjurer, la pensée s'est reportée vers la Providence. [...] C'est la Miséricorde de Dieu qu'il faut solliciter et le meilleur moyen de lui faire une sainte violence n'est-il pas de renouveler les témoignages de foi ? Le désir du rétablissement de signes religieux sur le sommet de Brouilly s'est donc manifesté sous l'empire d'un pieux élan : mais on veut que le nouveau monument puisse braver les ravages du temps, qu'il devienne le centre et le foyer d'un pèlerinage pour la contrée. On veut placer les campagnes atteintes par le fléau [ndlr : l'oïdium] sous la protection spéciale de la Mère de Dieu, et bâtir sur cette cime un petit sanctuaire à elle consacrée et portant sa sainte image"2.

1La Chapelle de Notre-Dame de Brouilly, Villefranche, Editions du Cuvier, 1934.

2La Chapelle de Notre-Dame de Brouilly, Villefranche, Editions du Cuvier, 1934.

(Article) Le Mont Brouilly : son histoire et sa chapelle

La Sainte Vierge protège les environs

L'édifice que l'on prévoit de construire en haut du mont Brouilly doit venir préserver tous les vignobles, aider tous les viticulteurs du Beaujolais et, pour ces raisons, on appelle à la générosité de tous pour recueillir des fonds. Riche, pauvre ou de condition modeste, chaque habitant du Beaujolais doit se sentir concerné et intéressé par la protection divine du monument. On rapporte que c'est à Charentay plus particulièrement, là où les attaque d'oïdium avaient été très violentes, que l'idée d'élever un monument à la gloire de la Sainte Vierge est née. On dit également qu'à partir du moment où le projet de chapelle a été mis en œuvre, coïncidence ou intervention divine, les ravages de l'oïdium ont cessé, et notamment à Charentay.

A la fin de l'année 1853, une commission primitive est nommée. Composée de neuf notables du pays : religieux, grands propriétaires terriens, hommes de justice..., cette commission est chargée d'organiser l’œuvre et de préparer les quêtes et souscriptions devant servir à la construction du bâtiment. Puis en avril 1854, est nommée une commission exécutive chargée, entre autres, de mettre sur pieds le projet ou de prévoir le tracé d'un chemin menant à la chapelle par exemple. Plusieurs quêteurs sont alors nommés pour recueillir les dons devant servir à l'édification du bâtiment religieux. Parmi ces dignitaires, nous pouvons trouver des personnages connus pour leur omniprésence foncière, leurs fonctions administratives ou autres. Citons par exemple : M. Le comte de Sermezy à Charentay, M. Ferdinand de Monspey à Saint-Georges-de-Reneins, M. Durieu de Lacarelle à Saint-Etienne-la-Varenne, M. Janson à Beaujeu, M. Durieu du Souzi à Quincié, M. De Billy à Lantignié.

"Le lundi 16 octobre 1854, à neuf heures du matin, a été célébrée, sur le sommet de la montagne de Brouilly, une cérémonie religieuse à l'occasion de la pose de la première pierre d'une chapelle dédiée à la Sainte Vierge, que les habitants du vignoble se proposent d'ériger. Cette cérémonie, honorée par l'approbation de Mgr le Cardinal de Bonald, a eu lieu par un temps magnifique, avec une grande solennité, en présence d'un nombreux clergé venu de la plupart des paroisses du Beaujolais, de M. Le Sous-Préfet de Villefranche, des membres de la commission du monument projeté et d'environ cinq à six cents personnes notables, propriétaires, vignerons, cultivateurs, accourus de toutes les parties de la contrée, souscripteurs et bienfaiteurs de l’œuvre, tous convoqués"1.

Nous pouvons observer dans la citation précédente à quel point la construction de cet édifice religieux revêtait un intérêt majeur pour l'ensemble des populations alentours. Le nombre et l'importance de certaines personnes présentes à cette inauguration témoignent des espoirs placés au sommet du mont Brouilly. En tout, à la fin de l'année 1854, plus de 21 000 francs sont récoltés auprès des habitants de diverses communes du Beaujolais. De Villefranche à Vauxrenard, de Dracé à Beaujeu, de Charentay à Saint-Julien, les donations affluent. De tels résultats sont en partie dus au zèle de M. Grataloup, curé de Charentay, qui a beaucoup œuvré auprès des populations des cantons de Beaujeu, Belleville et Villefranche. Finalement la construction de la chapelle de Brouilly coûte près de 30 000 francs tout compris : bâtiment, croix de fer, statue de la sainte Vierge...

L'intérêt et la générosité des populations alentours

Si la chapelle de Brouilly devient rapidement un lieu de pèlerinage privilégié, il faut permettre aux pèlerins d'y accéder sans trop d'encombres. Ainsi, on décide de tracer un chemin partant du pied de la colline et pouvant laisser passer chevaux, charrettes et autres. Avant tout cette voie de communication doit servir à faciliter le transport des Hommes et des matériaux pour construire la chapelle. Les propriétaires des terrains traversés ont accordé gratuitement le droit de passage, témoignant une nouvelle fois de l'attachement des populations locales à la réalisation de cet ouvrage religieux. Une voie d'accès par le sud de la colline fut finalement choisi puisqu'elle permettait d'avoir une vue vers les pays Beaujolais, Lyonnais, Dombes, Bresse et Mâconnais et aussi parce qu'il était possible d'y trouver une esplanade. De plus, c'est sur ce même tracé qu'avait été érigée une croix en pierre, remplacée au Moyen Age déjà par une statue de la Vierge. Si le pragmatisme et la raison pratique semblent décider du tracé de ce chemin, force est de constater que le spirituel n'est pas oublié non plus. La générosité et piété des populations beaujolaises se manifestent alors grandement. Un dénommé Etienne Claitte transporte lui-même du matin au soir, avec ses quatre boeufs achetés exprès pour l'occasion, les matériaux nécessaires à la construction de la chapelle. Madame Emilie Lafond, propriétaire parisienne des terrains choisis pour l'implantation de la chapelle et situés sur la commune de Saint-Lager, en laisse la propriété sans contre-partie financière, exceptés les frais d'actes et formalités. Elle fait don à la Fabrique de l'église de Saint-Lager de cette parcelle en pâturage et rocher au sommet de la colline.

1La Chapelle de Notre-Dame de Brouilly, Villefranche, Editions du Cuvier, 1934.

Le Mont Brouilly en 1954

Le Mont Brouilly en 1954

Description de la chapelle

Un certain Monsieur Desjardins, architecte à Lyon, dessine les plans de la chapelle. Des plans aux devis, en passant par le choix de matériaux, l'homme n'a laissé place à aucune approximation pour la construction de la chapelle. Longue de 17 mètres, large de 7 mètres et haute de 12 mètres, la chapelle de Brouilly domine et surveille les vignobles alentours, nombreux et réputés dans le monde entier. Le chœur de la chapelle est orienté vers l'ouest. "Le style ogival qui domine et les contreforts solides qui le soutiennent lui donnent un aspect de moyen âge sévère et religieux"1. Tout a été fait pour renforcer la structure de l'édifice soumis aux vents et aux orages fréquents.

L'inauguration

Le mardi 8 septembre 1857, la chapelle et la statue de Notre-Dame-aux-Raisins, autre nom donné au bâtiment, sont inaugurés sous la présidence de Monseigneur Lacroix d'Azolette, ancien archevêque d'Auch. Malgré le vent et la pluie, les populations nombreuses des campagnes environnantes se sont pressées pour assister à ce rendez-vous. Plus d'une vingtaine de communes étaient ainsi représentées et toutes sortes de convois avaient participé au pèlerinage: des marcheurs laborieux, des attelages de bœufs ou encore quelques voitures de personnalités. Monseigneur Lacroix d'Azolette débuta la cérémonie par une bénédiction à l'extérieur de la chapelle avant qu'une messe ne soit célébrée à l'intérieur. Si quelques personnes purent pénétrer le nouvel ouvrage, la majorité des pèlerins suivit l'office agenouillés sur le gazon, à l'extérieur.

Si l'ardeur religieuse des populations beaujolaises se manifesta en cette occasion, elle fut bien vite remplacée par les réjouissances païennes : des cabarets improvisés, un feu d'artifice et même "de joyeux ébats après un repas champêtre"2.

Depuis cette date, un pèlerinage annuel jusqu'au sommet de la colline est organisé par les viticulteurs, habitants des alentours.

1La Chapelle de Notre-Dame de Brouilly, Villefranche, Editions du Cuvier, 1934.

2La Chapelle de Notre-Dame de Brouilly, Villefranche, Editions du Cuvier, 1934.

(Article) Le Mont Brouilly : son histoire et sa chapelle

La vie contemporaine du mont Brouilly

A plusieurs reprises, la chapelle fut victime des épreuves du temps. Un Comité de la Chapelle de Brouilly fut ainsi créé le 7 novembre 1898 pour entretenir et réparer le bâtiment. M. Emile Duport, propriétaire à Saint-Lager au domaine de Briante, précurseur du greffage comme moyen de lutte contre le phylloxéra et fondateur en 1887 du syndicat agricole de Belleville-sur-Saône, en devient le premier président. M. Paul Charvériat, secrétaire, et M. Paul Pasquier-Desvignes, trésorier, complètent le bureau. Des sommes d'argent sont récoltées auprès des communes alentours afin d'effectuer des réparations apparemment devenues urgentes. En 1922, le Comité se réunit à nouveau, pour la première fois depuis 1898. Un nouveau bureau est constitué : M. Gilbert de Rosemont, de Charentay, président, M. Paul Pasquier-Desvignes, de Saint-Lager, trésorier et M. Jules Moreau, de Saint-Georges-de-Reneins, secrétaire. Le fils d'Emile Duport, Jean est membre et commissaire exécutif du Comité. De nouvelles réparations sont nécessaires mais l'argent manque. On décide alors d'effectuer une collecte dans les paroisses environnantes. L'argent permet d'effectuer les réparations et même de constituer quelques réserves. Malheureusement, le 15 août 1928 la chapelle est foudroyée par un éclair et des réparations à hauteur de 20 000 francs sont nécessaires. L'argent est réuni au moyen de quêtes identiques à celles de 1922-1923 et l'édifice est remis en état.

En 1938, les vins de Brouilly et de Côte de Brouilly reçoivent une appellation d'origine contrôlée. La mise en valeur des territoires proches du mont Brouilly et de la chapelle commence alors. La colline et l'édifice religieux qui font la fierté des administrés deviennent une balade privilégiée des touristes du Beaujolais.

Aujourd'hui, les communes du pays Brouilly mettent sur pieds un programme de valorisation paysagère et touristique de la colline et du petit patrimoine des communes alentours. Outre les édifices bâtis en tous genres : châteaux, chapelles, lavoirs..., il est question de mettre en avant l'oenotourisme ainsi que les paysages à travers des points d'observation ou des itinéraires de balades par exemple.

(Article) Le Mont Brouilly : son histoire et sa chapelle

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