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(Article) La fin de la Seconde Guerre mondiale : une nouvelle agriculture est en marche

Si, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, la volonté première de l’Etat est de reconstruire la France sur un même pied d’égalité et de ne pas favoriser tel secteur au détriment d’un autre, des inégalités continuent de perdurer, et ce même dans les efforts entrepris pour la reconstruction. L’agriculture est par exemple la grande absente du premier plan de modernisation et d’équipement mais y fut tout de même introduite tardivement : « un effort systématique fut donc entrepris pour l’équipement de l’agriculture. Un programme avait été élaboré au Ministère, il fut repris pour l’essentiel par le plan Monnet. Soucieux avant tout de fournir de l’énergie et de restaurer les transports, les auteurs de celui-ci avaient d’abord négligé l’agriculture, mais sous l’influence de René Dumont, les commissions de modernisation admirent en définitive le machinisme agricole comme "investissement de base". […] On affirma aussi la nécessité fondamentale de l’équipement intellectuel, mais hors de quelques adaptations la seule réalisation en ce domaine dut la réorganisation de l’Institut national de la recherche agronomique »1. Cette même recherche agronomique, longtemps délaissée et restée le parent pauvre de l’agriculture, devait cependant encore lutter pour son existence : « après la Libération, les crédits consacrés, sous diverses formes, aux recherches intéressant l’agriculture, par les pouvoirs publics représentaient moins de 0,5 pour mille du revenu agricole national. A la même époque, les pourcentages correspondants étaient de 3 pour mille aux Etats-Unis, 4 pour mille en Grande-Bretagne et 5 pour mille aux Pays-Bas »2.

Bien que la création d’un institut de recherches agronomiques autonome fasse l’unanimité au sein de la communauté scientifique et de la sphère politique, des divergences virent le jour quant à la façon de concevoir et d’organiser cette même recherche.

1 Pierre Barral, Les agrariens français de Méline à Pisani, Cahiers de la Fondation nationale des sciences politiques, n° 164, Paris, Librairie Armand Colin, 1968, 386 pages, p. 287.
2 Jean Bustarret, « La recherche agronomique » in Economie rurale, volume 39, n° 39-40, 1959, p. 180.
(Article) La fin de la Seconde Guerre mondiale : une nouvelle agriculture est en marche

Les débats sur la recherche agronomique

Comme nous l’avons signalé antérieurement, et comme nous le rappelle également Jean Cranney, « à la Libération il n’existe pas, dans les partis au pouvoir, de programme pour la recherche scientifique agronomique. Toutefois, dans le Rapport sur le problème agricole français, préparé dans la clandestinité en 1944, on se préoccupe de l’avenir de la recherche agronomique : « il faut éviter l’évasion des anciens élèves de l’Institut agronomique et les canaliser vers la recherche scientifique (…). Jusqu’ici, le Service des recherches agronomiques a vécu dans une indigence lamentable (…)". »1

Le bouillonnement scientifique et les entreprises de réorganisations profondes des structures de la société sont l’occasion pour bons nombres d’agronomes de concevoir la recherche agronomique d’une nouvelle façon : « Crépin veut profiter du projet de réorganisation de ce ministère pour donner à la recherche agronomique la place à laquelle elle a droit ». Une autre frange, plus minoritaire, estime qu’un simple aménagement administratif du service est nécessaire. « En 1944-46, deux groupes et deux projets sont en concurrence pour diriger l’INRA. D’un côté, Albert Demolon (pédologue et ancien directeur de la Station de recherche agronomique de Versailles) et le microbiologiste Maurice Lemoigne souhaitent émanciper la recherche agronomique du ministère de l’Agriculture au nom de l’excellence scientifique. Inversement, et au nom de l’urgence à relever la production agricole, des ingénieurs phytogénéticiens comme Charles Crépin et Jean Bustarret, soutenus par L. Mesnil (directeur de la station centrale de zoologie agricole de Versailles) défendent le modèle d’une recherche finalisée rattachée au ministère de l’Agriculture »2.

L’autre point de discorde réside dans la séparation ou l’alliance de la recherche et de l’expérimentation. Tandis que le premier groupe revendique une évolution transitoire et une séparation des deux disciplines, le second groupe d’agronomes revendique une indispensable union des deux branches qui doit permettre de sortir d’une forme d’« agrarisme scientifique » qui frappe la recherche agronomique française. Sans pour autant négliger la recherche fondamentale, les conceptions de ces derniers sont déjà plus orientées vers l’application des recherches, le développement et une certaine forme de vulgarisation.

La lourde et omniprésente tutelle du ministère de l’Agriculture qui périclite la modernisation de la recherche agronomique est considérée alors comme un frein à son expansion mais, dans cette volonté des scientifiques de réformer les recherches agronomiques, ce rattachement demeure, pour le groupe de Crépin et Bustarret, un indispensable lien avec les réalités de l’agriculture française. Si la mission première de la recherche agronomique consiste alors essentiellement à augmenter les productions agricoles, la conception de la recherche agronomique comme une science à part entière, puisant dans la méthodologie et les principes scientifiques d’autres disciplines telles que la chimie ou la biologie, les fondements d’une rationalité de la recherche agronomique. Albert Demolon illustre très bien cela dans un ouvrage intitulé L’évolution scientifique de l’agriculture française paru juste avant la création de l’INRA et dont Cranney nous rapporte une citation intéressante : « l’agriculture est une véritable industrie biologique qui ne triomphera dans la lutte pour son existence que si elle sait mettre à son service les immenses ressources de la science »3.

La promulgation de la loi de 1946 créant l'INRA

C’est donc dans l’atmosphère particulière de la Libération que s’engage le débat sur la recherche agronomique et sur la création d’un institut de recherches autonome. La nécessité de développer le progrès technique agricole pour faire de l’agriculture un secteur prospère qui contribuera à l’équilibre économique et social de la France s’intègre au débat. Rapidement l’importance de la recherche agronomique dans la crise du ravitaillement prend une place de premier choix. Même si le Budget national sera affecté par les dotations financières accordées aux recherches agronomiques, nombreux sont ceux qui pensent qu’il s’agit en fait d’un investissement et que les retombées ultérieures seront plus grandes. Cette idée soutenue par le Plan laisse ouverte la porte du débat sur la création d’un organisme de recherches agronomiques autonome. L’élection de l’Assemblée nationale constituante avec une majorité de gauche en 1944 et les préoccupations propres du CNRS qui entreprend sa réorganisation laissent la voie libre aux phytogénéticiens de l’INRA pour proposer leur projet.

En 1944, Crépin propose donc son projet en tant qu’ordonnance à l’Assemblée consultative provisoire mais la dissolution de cette dernière empêche la signature du texte et la nécessité d’en passer par une loi est désormais irrémédiable. Les recherches pour l’agriculture qui devaient initialement être rattachées au CNRS peuvent donc désormais entreprendre leur émancipation. Ce projet soutenu par Tanguy Prigent va trouver écho au sein d’une majorité parlementaire de gauche par le biais de cinq députés de la SFIO qui déposent un projet de loi le 5 février 1946 devant l’Assemblée. Le texte est largement inspiré du projet de Crépin et est intitulé « proposition de loi portant organisation de la recherche agronomique et création d’un institut national de la recherche agronomique »4.

Si la question de la recherche agronomique est alors largement débattue et abordée par les parlementaires français, c’est simplement parce que la France traverse près de deux ans après la Libération une crise de ravitaillement persistante. Pour bons nombres de députés, notamment ceux de la gauche, la solution ne viendra que d’une intensification de la production agricole. Le patriotisme français et la volonté de ne recourir aux aides étrangères qu’en cas d’extrême urgence caractérisent la gauche française de l’époque en matière de ravitaillement et de production agricole, à l’image de Christian Pineau, député SFIO, qui déclare le 21 février 1946 devant l’Assemblée nationale constituante : « enfin, je crois que le problème du ravitaillement doit être considéré pratiquement comme un problème de ressources et un problème de production. En définitive, à mon sens, c’est seulement par l’augmentation de la production, et là je rejoins pleinement nos collègues communistes, que nous arriverons à résoudre ce problème qui ne peut pas être résolu autrement »5. L’agriculture, qui peut devenir un atout majeur dans la force économique de la France, doit se doter d’une recherche agronomique. Joseph Aussel, rapporteur de la loi sur l’organisation des recherches agronomiques, député MRP et avocat, s’exprime en ces termes le 13 mars 1946 à l’Assemblée : « il est nécessaire d’intensifier la recherche pour diminuer nos importations et même, afin d’exporter, il faut, pour cela, un organisme excessivement souple et largement décentralisé »6.

Le 19 avril 1946, Tanguy Prigent reprend la proposition de loi de Marcel Champeix et la présente en tant que projet de loi à l’Assemblée. Son adoption sans débat se fait le 25 avril suivant, la veille de la dissolution de l’Assemblée7. La loi datée du 18 mai 1946 est promulguée au Journal officiel le 19 mai 1946 sous le n° 46-10868. Dans l’exposé des motifs lu par Marcel Champeix, Joseph Aussel et Tanguy Prigent, on tente de convaincre les députés sur la nécessité d’un progrès technique vital et urgent « pour faire une agriculture prospère », sur l’investissement financier à consentir en vue des retombées économiques importantes futures pour le pays et sur la nécessité de réorganiser la recherche agronomique actuelle par le recrutement d’ « effectifs nombreux et de qualité », de l’assimilation des chercheurs « au personnel de l’enseignement supérieur » et de l’élargissement des domaines de recherches couverts, notamment en ce qui concerne la production animale dont « toute l’organisation est à mettre sur pied. Ce secteur débute avec peu de moyens puisque la zootechnie n’a été rattachée au Service des recherches agronomiques qu’en 1942 »9.

Comme le rappelle Jean Bustarret, « sa forme d’établissement public doté de la personnalité civile et d’un autonomie financière au moins partielle lui permet une souplesse indispensable dans l’administration de ses stations, laboratoires, domaines expérimentaux, et dans la gestion de son budget, alimenté par des ressources dont une partie importante ne provient pas du budget de l’Etat »10.

L’INRA, qui recouvre un ensemble d’établissements et de domaines fonciers, héritages du passé de la recherche agronomique, est également amener à se développer de différentes façons comme le rappelle Raymond Février en 1963 : « notre développement implique la création d’installations nouvelles, de laboratoires nouveaux, l’accroissement de nos domaines expérimentaux et de nos troupeaux, ainsi que l’évolution de nos structures »11. Ce patrimoine constitutif, dont nous étudierons plus longuement les origines postérieurement, mérite d’être évoqué afin de cerner les enjeux qu’il recouvrait en 1946.

1 Jean Cranney, INRA, 50 ans d'un organisme de recherche, Institut National de la Recherche Agronomique, 1996, 526 pages, p. 75.
2 Christophe Bonneuil et Frédéric Thomas, «  L’INRA dans les transformations des régimes de productions des savoirs en génétique végétale  » in Sciences, chercheurs et agriculture  : pour une histoire de la recherche agronomique, Collection Histoire des Sciences, Série Etudes, Versailles, Editions Quae, Paris, L'Harmattan, 2008, 300 pages, p. 114.
3 Jean Cranney, INRA…, op. cit., p. 51.
4 Dépôt de proposition de loi n °351 portant organisation de la recherche agronomique et création d’un institut national de la recherche agronomique, Journal officiel de la République française, Débats de l’Assemblée nationale constituante du mercredi 6 février 1946 – séance du mardi 5 février 1946, p. 222.
5 Journal officiel de la République française, Débats de l’Assemblée nationale constituante – séance du 21 février 1946, p. 420.
6 Jean Cranney, INRA…, op. cit., p. 82.
7 Proposition de loi n° 351 de M. Marcel Champeix et plusieurs de ses collègues portant organisation de la recherche agronomique et création d’un institut national de la recherche agronomique, présenté à l’Assemblée nationale constituante, le 19 avril 1946 (2ème séance), par M. Tanguy Prigent, ministre de l’Agriculture, n° 1131, adoption sans débat le 25 avril 1946 (1ère séance), Projet de loi n° 197, Journal officiel de la République française, Débats de l’Assemblée nationale constituante du 26 avril 1946, p. 2236.
8 Loi n° 46-1086 du 18 mai 1946 portant organisation de la recherche agronomique et création d’un institut national de la recherche agronomique, Journal officiel de la République française du 19 mai 1946, p. 4329-4332.
9 Jean Cranney, INRA…, op. cit., p. 84.
10 Jean Bustarret, «  La recherche agronomique  » in Economie rurale, volume 39, n° 39-40, 1959, p. 179-180.
11 Raymond Février, Chercheur ? Ingénieur  ? A l'INRA, Paris, la Documentation Française, 1963, 31 pages, p. 7.
(Article) La fin de la Seconde Guerre mondiale : une nouvelle agriculture est en marche

Les structures existantes et leur évolution

« On ne part pas de rien. Il existe, depuis 1943, un Service de la recherche de l’expérimentation avec des centres, des laboratoires et des domaines. Et de rappeler que l’expérimentation, (qui était un service séparé du ministère avant 1943), ne doit pas être séparée de la recherche dont « elle est, non seulement le prolongement naturel et nécessaire, mais dont elle constitue l’essence même" »1.

Les débuts de l’institut se font dans une limitation des moyens et un anonymat certains. Si la zootechnie n’est rattachée aux recherches agronomiques que depuis 1943, les productions végétales sont elles durablement installées et représentent le secteur privilégié de la recherche agronomique française en 1946 : la composition des 169 scientifiques qui forment l’INRA à sa création est représentative de la prééminence des recherches végétales sur le secteur animale : 38 scientifiques seulement sont répartis dans les domaines de la production animale, de la technologie des produits animaux et de la zoologie2. L’article 22 de la loi de 1946 confirme cette domination des productions végétales dans la recherche agronomique française : « les travaux effectués dans les stations et laboratoires de recherches agronomiques ressortissent à onze disciplines ou branches d’activité : six concernant la production végétale ; trois concernant la production animale ; deux concernant la conservation et la transformation des produits agricoles »3.

Comme le stipule l’article 34 de la loi de 1946 « les centres, stations et laboratoires de recherches agronomiques, ainsi que les stations et domaines expérimentaux relevant du service de la recherche et de l’expérimentation, sont placés sous la direction de l’institut national de la recherche agronomique. Pourront également être placés sous cette direction, après avis de l’autorité de tutelle, les stations départementales dont l’activité est orientée vers la recherche agronomique »4. Ces établissements qui relèvent dès lors de l’INRA sont ainsi administrés :

  • « 5 centres de recherches (Versailles, Clermont-Ferrand, Bordeaux, Antibes, Colmar),

  • 21 stations ou laboratoires permanents situés en dehors des Centres,

  • Une vingtaine de stations ou laboratoires rattachés à des chaires d’enseignement ou de laboratoires départementaux subventionnés,

  • 3 domaines expérimentaux subventionnés,

  • Une dizaine de stations expérimentales annexées à des Ecoles d’agriculture »5.

Si l’INRA ne débute pas dans l’inconnu et sans aucun moyen immobilier, force est de constater que ses ressources sont assez limitées puisque « l’ensemble de ces implantations [qui forment les domaines expérimentaux] a une surface totale de 128 ha »6. Mais, « à partir de 1950, la façon de faire de l’agronomie change radicalement. Au lieu d’appliquer les méthodes et les approches des sciences fondamentales aux problèmes de l’agronomie et de l’agriculture, les agronomes comprennent que c’est "l’objet étudié qui doit déterminer le type de technique à mettre en œuvre pour résoudre le problème posé"»7. Les besoins en foncier se font alors plus grands, les structures administratives et scientifiques se multiplient, les établissements de recherches se développement et les rattachements se font plus nombreux. Ainsi « de sa création jusqu’à fin 1956, par acquisition de 13 nouveaux domaines et par extension de domaines existants, l’INRA porte ses surfaces foncières à plus de 1 200 ha : elles ont ainsi pratiquement décuplé depuis 1945 »8. Si les ressources budgétaires de l’Etat ne sont pas forcément beaucoup plus nombreuses, l’INRA développe à cette période une « politique des ressources propre [qui] s’appuiera sur un développement des domaines expérimentaux qui ont le souci de valoriser leur production alors que les personnels financés par le budget autonome de l’institut permettent de donner une grande place à l’expérimentation et aux mises au point techniques »9.

Comme nous le soulignerons plus loin, on constate que le rattachement administratif de certains établissements a évolué, que certaines stations isolées ont été rattachées à des centres ou que d’autres ont été supprimées ou englobées par des structures plus importantes.

Durant les premières années d’existence de l’INRA, si un des soucis premiers est de développer la structure immobilière régionale, on constate que « parallèlement, l’administration centrale fut considérablement étoffée avec un centralisme et une hiérarchie assez poussés qui sont peut-être une cause de faiblesse et de perte de temps par rapport aux formules plus souples et plus efficaces qui avaient caractérisé les débuts de l’institution »10. Cette ambivalence dans la structuration et l’administration de l’Institut semble toutefois profiter davantage à la mise en place d’une organisation centralisée puisque, jusqu’aux années 1950, les créations d’établissements et les extensions immobilières sont presque nulles concernant les centres de Clermont-Ferrand et de Dijon. A l’image de ce que semble affirmer Gilles Denis, « l’histoire institutionnelle de la recherche agronomique [semble] liée à l’histoire des relations ambiguës entre discours agrarien, discours pro-science et l’objectif d’une agriculture "progressive", qui aboutit à la création de l’INRA »11. La volonté de créer une organisation structurée et pyramidale (centres, unités de recherches, stations et laboratoires) semble être, après des années de « soumission » des recherches agronomiques au Ministère de l’Agriculture, et bien plus que l’essor des structures de recherches et des propriétés immobilières, une priorité indispensable à l’émancipation de l’institut.

L’illustration de cette prééminence de l’organisation administrative et hiérarchique réside dans la publication des décrets et arrêtés qui définissent les modalités d’application de la loi du 18 mai 1946. Dès le 24 juin, un premier arrêté détermine les attributions du comité permanent constitué au sein du Conseil supérieur de la recherche agronomique. Il est notamment chargé d’établir « le programme annuel des recherches, en tenant compte des recherches d’ordre général à poursuivre dans les diverses disciplines et des problèmes d’ordre régional ayant fait l’objet de suggestions de la part des comités consultatifs régionaux. Il soumet ce programme au conseil supérieur de la recherche agronomique. Il suit l’exécution de ce programme, après qu’il a été arrêté par le conseil supérieur de la recherche agronomique, et approuvé par le ministre de l’agriculture »12. Puis, le 5 août suivant un décret définit les modalités de fonctionnement de l’Institut. Il s’intéresse notamment au fonctionnement, à la composition et au rôle du Conseil d’administration. Ce décret nous renseigne également sur les principes devant régir le régime financier de l’INRA et l’administration des centres et stations dotés de l’autonomie financière. Sous ce dernier titre on apprend notamment qu’une certaine autonomie est accordée à ces établissements dans la mesure où « le directeur de l’institut national de la recherche agronomique peut déléguer tout ou partie de ses pouvoirs à l’administrateur pour représenter l’institut en justice, à l’occasion des litiges concernant les centres ou les stations »13.

Si cette organisation administrative, indispensable aux débuts et au fonctionnement de l’institut, symbolise le souci de concevoir une recherche agronomique structurée et centralisée, les rares extensions immobilières et créations d’établissements de recherches, souvent liées à des finances limitées, renforcent le sentiment d’un organisme encore étroitement lié à son ministère de tutelle. Preuve en est « les service centraux restent au ministère au 46, rue de Varenne (5 bureaux), dans les bureaux de l’ancien Service de la recherche et de l’expérimentation, en attendant de déménager dans des locaux plus vastes. Le Conseil d’administration envisage que les futurs créations soient établies, malgré les prix d’acquisitions immobiliers plus élevés, près de grandes cités à cause des services que celles-ci apportent : possibilités de logement pour le personnel, l’eau courante, gaz, proximité des facultés, communications plus faciles »14.

L'INRA s'étend et se développe en lien avec le monde tant rural qu'urbain. Les besoins fonciers pour l'expérimentation au champ obligent à s'implanter dans des domaines ruraux d'envergure tandis que la nécessité de rester au contact de la communauté scientifique et universitaire guide les implantations urbaines. Au-delà du besoin de structuration administrative, l'INRA modernise la recherche agronomique française par de nouvelles conceptions scientifiques, faisant entrer l'agriculture dans une nouvelle ère.

1 Jean Cranney, INRA…, op. cit., p. 83.
2 Ibid, p. 110.
3 Loi n° 46-1086 du 18 mai 1946 portant organisation de la recherche agronomique et création d’un institut national de la recherche agronomique, article 22, Journal officiel de la République française du 19 mai 1946, p. 4331.
4 Ibid, article 34, p. 4331.
5 Gilles Denis, Recueil de données pour l’histoire de l’INRA, 243 pages, p. 18.
6 Jean-Pierre Blanchon, «  Les unités expérimentales  » in Jean Cranney, INRA…, op. cit., p. 466.
7 Jean Boulaine, Histoire de l’agronomie en France, Tec & Doc-Lavoisier, Paris, 1992, 392 pages, p. 325.
8 Jean Cranney, INRA…, op. cit., p. 466.
9 Jean Cranney, INRA…, op. cit., p. 466.
10 Jean Boulaine, Histoire de l’agronomie…, op. cit, p. 319.
11 Gilles Denis, «  De l’Institut des recherches agronomiques…  » in Sciences, chercheurs…, op. cit, p. 92.
12 Arrêté du 24 juin 1946 fixant les attributions du comité permanent institué par la loi n° 46-1086 du 18 mai 1946 portant organisation de la recherche agronomique et création d’un institut national de la recherche agronomique, article 1er, Journal officiel de la République française du 26 juin 1946, p. 5738.
13 Décret n° 46-1728 du 5 août 1946 relatif au fonctionnement de l’institut national de la recherche agronomique, article 21, Journal officiel de la République française du 6 août 1946, p. 6955
14 Gilles Denis, Recueil de données…, op. cit, p. 25.

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