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(Article) Les mutations foncières des communes montagnardes du canton de Beaujeu aux XIXème et XXème siècles
Au début du XXème siècle, les paysages des communes d'altitude du canton de Beaujeu évoluent sensiblement. Le Beaujolais "vert" apparaît.

Du XIXème au XXème siècle, l’occupation du sol et la morphologie des paysages évoluent significativement dans les communes « montagnardes » du canton de Beaujeu. Ces localités, situées en moyenne à plus de 550 mètres d’altitude, profitent de la modernisation agricole engendrée par la crise phylloxérique pour entamer une lente spécialisation.

La situation au début du XIXème siècle

Le premier cadastre napoléonien nous révèle l’existence de deux types de communes, d’occupations du foncier et d’agricultures dans le canton de Beaujeu au début du XIXème siècle. D’un côté des communes où la vigne est très présente, de l’autre des villages relativement en altitude où cette dernière est peu présente. Dans ces régions plus éloignées de la vallée de la Saône, les terres labourables et les terrains non cultivés dominent largement : ils occupent de 65,5 à 68,7 % des superficies agricoles. Les bois et les prés demeurent les autres types d’occupation du sol principaux dans des proportions équivalentes.

Cette situation s’explique très simplement : la viticulture n’est pas ici fortement implantée du fait d’un climat plus rude et de sous-sols moins propices à la culture de la vigne. Les cultures céréalières, l’élevage, la sylviculture et les jachères sont privilégiés. Si l’ensemble du Beaujolais et du canton de Beaujeu demeurent éloignés du phénomène de modernisation agricole observé en France durant la première moitié du XIXème siècle, l’activité agricole des communes « montagnardes » comme Les Ardillats, Avenas ou Vernay semble encore plus archaïque.

Les évolutions au début du XXème siècle

Avant la Première Guerre mondiale, les cadastres des propriétés non bâties des communes du canton de Beaujeu laissent entrevoir des mutations spectaculaires quant à l’occupation des sols agricoles. Dans les localités non viticoles, nous pouvons dès lors différencier deux types de mutations majeures. Dans certaines communes dont l’altitude moyenne est en dessous de 600 mètres (Beaujeu, Marchampt et Vauxrenard), la vigne s’est massivement implantée. Là où elle n’occupait que 8 % du territoire de ces communes au début du XIXème siècle, elle est présente sur 17,5 % des terrains agricoles en 1914. Dans ces trois localités, on observe également une répartition relativement égale entre toutes les natures de terrains : vignes, prés, terres labourables, bois et terres incultes. L’essor de la viticulture semble donc avoir permis, si ce n’est une monoculture de la vigne, du moins l’apparition d’une polyculture agricole plus équilibrée où le « vigneronnage » est un mode de faire-valoir plébiscité.

Dans les communes situées à plus de 600 mètres d’altitude, la répartition équilibrée du foncier entre prés, terres labourables, bois et terres incultes est également une nouvelle composante du paysage et des pratiques agricoles en 1914. Là où, au début du XIXème siècle, les terres labourables et les « vassibles » dominaient ces territoires avec 78,9 % des terrains cadastrés, il semble que la crise phylloxérique et ses conséquences immobilières a conduit à une réorganisation de l’occupation du sol.

Le Beaujolais "vert"

De nombreux propriétaires non exploitants, soucieux de conserver un certain revenu de leurs propriétés foncières, font déclasser certaines parcelles par l’Administration du cadastre. Prenant exemple sur ce qui est pratiqué dans les communes viticoles du canton, les propriétaires citadins reboisent certains terrains inutilisés ou les laissent purement à l’abandon, ce qui permet un classement parmi les « vassibles » au lieu de « terres labourables ». Ils évitent ainsi l’imposition fiscale en devenant propriétaires forestiers. A la fin du XIXème siècle, le chemin de fer pénètre les campagnes du Beaujolais et permet d’engendrer une demande de bois plus forte. Bon nombre de propriétaires lyonnais et caladois voient là l’occasion de tirer de nouveaux profits. Le prix de l’hectare de bois augmente considérablement entre 1880 et 1910 entraînant avec lui une augmentation des surfaces plantées en bois, d’autant plus qu’il est de bon ton, à cette époque, de posséder son propre terrain boisé.

Au début du XXème siècle, les communes d’altitude du canton de Beaujeu sont de plus en plus occupées par des bois, des prés et des « vassibles ». Dans celles à mi-chemin entre la vallée de la Saône et les premières citées, la vigne s’implante durablement tandis que la polyculture familiale qui se maintient permet un équilibre entre les autres types d’occupations des sols.

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